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27 JUI
2012

L'inde va dépolluer le Gange !

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Des études fantastiques et pharaoniques sont en œuvre pour nettoyer le Gange ! Si le fleuve sacré de l'Inde reçoit de très belles cérémonies de célébrations, il est aussi le théâtre de nombreuses activités polluantes : le matin, la cohue des êtres se pressent devant les rives du Gange, pour procéder aux traditionnelles ablutions rituelles. Activité qui voit les fidèles prendre un bain, se shampouiner, tandis que d'autres lavent leur linge. Offrandes et détritus côtoient les eaux usées de la ville en un mariage qui fait ressembler le Gange à un vaste dépotoir.

Débarrassons-nous des statistiques monstrueusement démesurées : 2.500 Kms, un bassin représentant ¼ de la surface du pays, soit plus de 400 millions d'habitants, lui donnant le titre de plus peuplé du monde. Une trentaine de villes de plus de 100.000 habitants -qui tout à la fois, sont autant de centres industriels et d'usines- peuplent la longueur du géant d'eau. Il n'est pas moins qu'une ligne de vie fondamentale à toute la moitié Nord de l'Inde.

Le caractère religieux du Gange en qui les Hindoues voient « la Mère », divinité sacrée de leur panthéon hindouiste, ne propose pas que des avantages : ainsi se plonger dans les eaux du fleuve revêt un caractère sacré de purification que tout Hindou tâche d'accomplir au moins une fois dans sa vie.

De ce fait, l’eau du Gange est associée à de nombreux rituels où l’on jette les cendres des défunts après leur incinération. Des festivals religieux rassemblent d’incroyables foules sur ses rives. Le Mahâ Kumbh Melâ de 2001 a vu plus de 60 millions de fidèles venir à Allahabad, en faisant « le plus grand rassemblement de l’histoire du monde », selon la Banque mondiale.

Entre son rôle économique et son importance sociale et spirituelle, le fleuve est soumis à une extraordinaire pression. Au début de son trajet, dans l’Himalaya, les barrages hydroélectriques se multiplient. Arrivé dans les plaines, les problèmes s’aggravent : des prélèvements massifs pour l’irrigation représentent 90 % de la consommation d’eau de la rivière. Surtout, le chapelet des villes qui bordent le fleuve y déverse les eaux usées de centaines de millions d’habitants : 2,9 milliards de litres chaque jour alors que la capacité de traitement est de 1,1 milliard. Sans compter que ces installations « ne fonctionnent qu’une partie du temps, si bien que le traitement effectif est très faible », souligne Sanjay Pahuja, à la division environnement et eau de la Banque mondiale à New Delhi.

Les industries installées le long du Gange – tanneries, distilleries, papeteries… -fournissent 20 % des eaux usées qui y sont déversées, mais ce sont les plus toxiques et les moins biodégradables. Dans la ville de Kanpur, les équipes de Teri, l’organisme de recherche sur l’environnement dirigé par Rajendra K. Pachauri, ont constaté que les responsables des tanneries qui disposent d’installations pour traiter leurs rejets « les éteignent pour économiser l’électricité », raconte Sonia Grover, chercheuse à la division eau. Un autre problème majeur est celui des déchets solides (plastiques, etc.) jetés dans la rivière. Enfin, une pollution agricole est aussi présente mais les données sont à peu près inexistantes et elle est « beaucoup moins importante que celle des villes et de l’industrie », affirme Bharat Lal Seth, directeur adjoint du programme eau du Centre for Science and Environment de Delhi.

Le résultat de tout cela, résume une étude de la Banque mondiale, c’est que « le Gange est confronté à des pressions extrêmes en termes de pollution ». Un exemple : la teneur des eaux en coliformes, qui dénotent la présence de matières fécales. Alors que la norme admissible est inférieure à 5.000 NPP/100 ml [nombre le plus probable, méthode de mesure utilisée en microbiologie, NDLR], les chiffres relevés sont de 74.083 à Kanpur, 111.556 à Varanasi et 352.083 près de Calcutta… Avec de graves conséquences sur la santé des habitants. Selon la Banque mondiale, les maladies propagées par l’eau dans le bassin du Gange coûteraient 4 milliards de dollars par an.


Face à cette situation dramatique, la prise de conscience est lente. Une première tentative de nettoyage du fleuve a bien été lancée en 1985 par le gouvernement indien. Mais son ampleur très limitée – 250 millions de dollars dépensés en vingt ans -n’a pas donné d’impact visible sur la pollution, qui n’a fait que croître pendant cette période. Aujourd’hui, la mobilisation est plus forte avec des campagnes lancées par les spécialistes de l’environnement, les militants écologistes et des groupes religieux attachés au sauvetage de la « Mère Ganga ». L’Etat indien a donné au Gange un statut de « rivière nationale » et a créé en 2009 la National Ganga River Basin Authority (NGRBA), un organisme chargé d’élaborer une approche globale des problèmes du fleuve. Le gouvernement national et les Etats traversés par le Gange y sont associés, ainsi que la société civile. Objectif : éliminer tout rejet d’eau non traitée dans le Gange d’ici à 2020 ! Ce que les spécialistes les plus polis estiment extrêmement ambitieux… La Banque mondiale fournit un soutien clef avec ses experts et 1 milliard de dollars sur le 1,55 milliard du budget initial (le reste étant apporté par l’Inde).

Faire évoluer les mentalités

La tâche s’annonce complexe… A l’occasion d’une réunion plénière de la NGRBA en avril, le Premier ministre Manmohan Singh a reconnu que les efforts consentis jusqu’ici « n’ont pas eu beaucoup de succès ». Au niveau des études préliminaires déjà, les difficultés sont nombreuses tant les données disponibles sont insuffisantes, souligne Bharat Lal Seth. Pour le seul volet -essentiel -des rejets urbains, « on parle de traiter les eaux usées de 450 millions de personnes aujourd’hui, qui seront 650 ou 700 millions dans vingt ans, c’est titanesque, s’exclame Rémy Vandenbussche, chargé du projet Gange chez le groupe d’ingénierie français Egis (voir encadré). Il s’agit d’identifier toutes les sources de pollution, de faire un diagnostic des réseaux de collecte, de les construire ou de les reconstruire, d’édifier les usines de traitement »…

Plus délicat encore, il faut faire évoluer les mentalités. « Il y a un gros problème d’éducation, explique Sadhvi Bhagawati, une Américaine devenue disciple de Pujya Swamiji, un gourou qui fait campagne pour le sauvetage du Gange. On voit des Indiens pauvres dépenser leurs derniers sous pour offrir des fleurs au Gange… en les jetant emballées dans un sac en plastique. On ne peut pas leur dire : « Vous polluez la rivière ». Car, pour eux, le Gange est le grand destructeur des impuretés et prétendre qu’un sac plastique peut l’affecter serait sacrilège. C’est pour cela que les hindous ont laissé leur fleuve sacré tomber dans cet état. Mais si on leur dit que ce sac plastique va faire mourir une vache qui l’aura mangé au bord de l’eau, ils peuvent comprendre. »
L’engagement de leaders religieux dans la bataille peut aider à cet égard. « Nos langages sont différents mais nos objectifs sont les mêmes », affirme-t-on au Centre for Science and Environment. Ce n’est malgré tout pas toujours le cas. Là où les environnementalistes ne voient pas d’un mauvais oeil les barrages en amont du fleuve, Pujya Swamiji dénonce une atteinte intolérable au flot divin et prône un remplacement total de l’hydroélectricité par de l’énergie solaire.

Un scepticisme latent

Le nettoyage du Gange sera donc une tâche de longue haleine. 80 % du budget initial de 1,5 milliard de dollars va servir « à monter une dizaine de gros projets pilotes (réseaux d’assainissement, usines de traitement…) pour démontrer leur efficacité », détaille Sanjay Pahuja. Des partenariats public-privé seront testés. Le passage à l’échelle supérieure sera pour plus tard. Personne ne se risque à pronostiquer l’ampleur de la tâche. De nombreuses dizaines d’années et beaucoup, beaucoup d’argent seront nécessaires : « le nettoyage du Rhin a coûté près de 100 milliards de dollars », rappelle le responsable de la Banque mondiale. D’où un certain scepticisme parfois. Bharat Lal Seth estime par exemple qu’il n’y aura jamais assez d’argent pour construire des usines de traitement partout et prône l’utilisation de « technologies non conventionnelles comme des bassins de décantation ».

Certains spécialistes en arriveraient presque à douter du bien-fondé du projet, et de sa vabilité: « Vu la facture prévisible, on peut se demander si l’Inde ne ferait pas mieux de construire des routes ou des écoles », entend-on en privé. D’autres estiment la démarche pleinement justifiée vu les enjeux. « Le problème de l’eau est fondamental à moyen terme, affirme Rémy Vandenbussche, le projet est ambitieux mais pas impossible. Il exigera une combinaison de financements, de législation, d’éducation et beaucoup de volonté politique. » Sauver un fleuve sacré, après tout, ça n’a pas de prix.

 

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Dame nature

Journaliste spécialisée dans les nouvelles écologiques pour 1jour1sourire.fr

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